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🌍 Sommes-nous trop nombreux, ou vivons-nous dans des territoires mal conçus ?

DESIGNINNOVATIONRÉVOLUTION

Stéphane Walger

Le dĂ©bat sur la dĂ©mographie mondiale est souvent posĂ© Ă  l’envers. Aujourd’hui, l’humanitĂ© compte environ 8,3 milliards d’ĂȘtres humains, et les projections Ă©voquent 10 Ă  11 milliards d’ici la fin du siĂšcle. Face Ă  ces chiffres, beaucoup concluent que la planĂšte serait saturĂ©e. Pourtant, lorsque l’on observe les donnĂ©es physiques, cette conclusion ne tient pas.

La Terre dispose d’environ 1,4 milliard d’hectares de terres arables. MĂȘme avec 11 milliards d’humains, cela reprĂ©sente environ 1 200 Ă  1 300 mÂČ par personne. Ce chiffre est dĂ©cisif : il montre que le problĂšme n’est pas un manque mathĂ©matique de surface. Des systĂšmes agricoles bien conçus, reposant sur des sols vivants, la diversitĂ© des cultures et une bonne gestion de l’eau, peuvent nourrir une personne sur des surfaces comparables, voire infĂ©rieures. La famine et les pĂ©nuries ne sont donc pas des fatalitĂ©s biologiques, mais les consĂ©quences de choix politiques, Ă©conomiques et territoriaux.

Le vĂ©ritable problĂšme rĂ©side dans la maniĂšre dont nous avons organisĂ© l’espace. Les territoires ont Ă©tĂ© fragmentĂ©s : les villes sĂ©parĂ©es des campagnes, l’habitat dissociĂ© de la production alimentaire, l’eau Ă©vacuĂ©e au lieu d’ĂȘtre stockĂ©e, les sols considĂ©rĂ©s comme de simples supports. Une grande partie des terres arables est aujourd’hui utilisĂ©e pour l’élevage industriel, les monocultures d’exportation ou est dĂ©gradĂ©e par des pratiques destructrices. La raretĂ© est ainsi produite artificiellement par des systĂšmes inefficaces et dĂ©pendants.

La permaculture apparaĂźt alors non comme une solution miracle, mais comme une rĂ©ponse structurelle. Elle propose de penser les territoires comme des systĂšmes vivants, oĂč chaque Ă©lĂ©ment remplit plusieurs fonctions, oĂč la production alimentaire se rapproche des lieux de vie, oĂč l’eau, le sol et l’énergie deviennent des prioritĂ©s absolues. Elle montre qu’il est possible de concilier densitĂ© humaine, rĂ©silience Ă©cologique et dignitĂ© humaine, Ă  condition de changer de logique.

Si nous n’y arrivons pas encore, ce n’est pas par manque de connaissances ou de solutions. C’est d’abord pour des raisons culturelles. Nous avons confondu progrĂšs et croissance, rentabilitĂ© et efficacitĂ©, vitesse et intelligence. Les systĂšmes en place sont puissants, verrouillĂ©s par des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, des infrastructures lourdes et une incapacitĂ© collective Ă  penser le temps long. Nous avons aussi largement dĂ©lĂ©guĂ© notre pouvoir d’agir, en attendant des rĂ©ponses globales alors que les leviers sont souvent locaux.

Y a-t-il encore un espoir ? Oui, mais un espoir lucide. Les crises sont dĂ©jĂ  lĂ  et certaines consĂ©quences sont irrĂ©versibles. L’enjeu n’est plus d’éviter toute rupture, mais de construire des territoires capables d’encaisser les chocs. Partout, des sols sont rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, des fermes redeviennent fertiles, des communautĂ©s recrĂ©ent du lien entre humains et milieux vivants. Ces dynamiques restent marginales, mais elles prouvent que la trajectoire actuelle n’est pas une fatalitĂ©.

En dĂ©finitive, la question n’est pas de savoir si nous sommes trop nombreux. La vraie question est de savoir comment nous voulons habiter la Terre. La permaculture ne promet pas un monde idĂ©al, mais elle offre une boussole. Elle nous rappelle que la planĂšte n’est pas saturĂ©e d’humains, mais saturĂ©e de systĂšmes mal conçus. Et tant que nous accepterons de remettre en cause notre dĂ©finition du progrĂšs, une autre trajectoire restera possible.

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