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đȘŸRevenir Ă la terre : la permaculture comme hĂ©ritage Kamite
AUTONOMIEDESIGNBIODIVERSITĂRĂVOLUTIONCULTURE
Stéphane Walger


Revenir Ă la terre nâest pas un simple choix agricole. Câest un mouvement intĂ©rieur, un souvenir ancien qui refait surface. Dans de nombreuses cultures africaines traditionnelles, et plus particuliĂšrement dans lâhĂ©ritage kamite, la terre nâa jamais Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme une ressource Ă exploiter, mais comme une entitĂ© vivante, nourriciĂšre et sacrĂ©e.
La permaculture, telle quâelle est comprise aujourdâhui, peut ĂȘtre lue comme une rĂ©activation contemporaine de cette sagesse ancienne, longtemps mise de cĂŽtĂ© par la modernitĂ© industrielle.
Dans la vision kamite, la terre est matrice. Elle engendre, accueille, transforme et rĂ©gĂ©nĂšre. LâĂȘtre humain nây est pas extĂ©rieur : il fait partie du tissu du vivant. Cultiver la terre signifiait donc avant tout prendre soin de lâĂ©quilibre entre les forces visibles et invisibles, entre les cycles du ciel et ceux du sol, entre lâhumain, le vĂ©gĂ©tal, lâanimal et les ancĂȘtres. Rien nâĂ©tait sĂ©parĂ©. Lâagriculture Ă©tait une pratique spirituelle autant que matĂ©rielle.
La permaculture repose sur cette mĂȘme logique dâinterdĂ©pendance. Elle invite Ă observer avant dâagir, Ă comprendre les rythmes naturels, Ă travailler avec la vie plutĂŽt que contre elle. LĂ oĂč lâagriculture industrielle cherche Ă contrĂŽler, la permaculture accompagne. LĂ oĂč lâextractivisme appauvrit les sols, la permaculture les rĂ©gĂ©nĂšre. Cette approche rejoint profondĂ©ment les pratiques agraires africaines traditionnelles, basĂ©es sur la diversitĂ© des cultures, la transmission orale, lâobservation fine des saisons et le respect du vivant.
Dans de nombreux territoires africains, avant la colonisation et lâimposition de modĂšles agricoles Ă©trangers, les paysans cultivaient des systĂšmes complexes et rĂ©silients. Les champs nâĂ©taient pas des monocultures, mais des mosaĂŻques vivantes. Arbres, plantes vivriĂšres, plantes mĂ©dicinales et animaux coexistaient. Le sol nâĂ©tait jamais laissĂ© nu. Les dĂ©chets organiques retournaient naturellement Ă la terre. Cette intelligence Ă©cologique, forgĂ©e sur des millĂ©naires, correspond aujourdâhui Ă ce que lâon nomme agroĂ©cologie ou permaculture.
Revenir Ă la permaculture, dans un contexte africain ou diasporique, câest donc aussi se rĂ©approprier un hĂ©ritage. Ce nâest pas copier un modĂšle venu dâailleurs, mais reconnaĂźtre que ces principes ont toujours existĂ© ici, sous dâautres noms, avec dâautres symboles. La modernitĂ© a souvent disqualifiĂ© ces savoirs en les qualifiant dâarchaĂŻques. Pourtant, face aux crises Ă©cologiques, alimentaires et sociales actuelles, ils apparaissent dâune actualitĂ© brĂ»lante.
La permaculture kamite ne se limite pas Ă produire de la nourriture. Elle vise lâautonomie, la dignitĂ© et la transmission. Elle recrĂ©e du lien entre les gĂ©nĂ©rations, redonne une place centrale aux anciens, aux conteurs, aux gardiens de la mĂ©moire. Elle reconnecte lâhumain Ă son environnement immĂ©diat, Ă son territoire, Ă son climat. Elle permet aussi de sortir dâune dĂ©pendance aux intrants chimiques et aux systĂšmes Ă©conomiques extĂ©rieurs.
Dans cette perspective, cultiver un jardin, une ferme ou une forĂȘt nourriciĂšre devient un acte politique et spirituel. Câest affirmer que la terre nâest pas une marchandise, mais un bien commun. Câest refuser lâĂ©puisement des sols et des corps. Câest choisir la lenteur, lâobservation, la coopĂ©ration. Câest transmettre aux gĂ©nĂ©rations futures non seulement des techniques, mais une maniĂšre dâĂȘtre au monde.
Revenir Ă la terre, câest aussi se guĂ©rir. Beaucoup ressentent aujourdâhui une fatigue profonde, un dĂ©racinement. La permaculture offre un chemin de rĂ©conciliation. Travailler le sol, semer, rĂ©colter, observer la vie revenir, permet de retrouver un sens, une place. Dans la tradition kamite, lâharmonie intĂ©rieure Ă©tait indissociable de lâharmonie avec la nature. Prendre soin de la terre, câĂ©tait prendre soin de soi.
Ainsi, la permaculture peut ĂȘtre comprise comme un pont entre passĂ© et avenir. Elle ne fige pas la tradition, elle la fait Ă©voluer. Elle intĂšgre des outils modernes sans perdre lâessentiel : le respect du vivant. Elle ouvre la voie Ă des territoires fertiles, autonomes et solidaires, enracinĂ©s dans leur culture et ouverts sur le monde.
Ainsi, la permaculture peut ĂȘtre comprise comme un pont entre passĂ© et avenir. Elle ne fige pas la tradition, elle la fait Ă©voluer. Elle intĂšgre des outils modernes sans perdre lâessentiel : le respect du vivant. Elle ouvre la voie Ă des territoires fertiles, autonomes et solidaires, enracinĂ©s dans leur culture et ouverts sur le monde.
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