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❌ La permaculture n’est pas du jardinage

DESIGNHABITATBIODIVERSITÉINNOVATIONDÉFINITION

Stéphane Walger

La permaculture est souvent réduite à une manière différente de jardiner. C’est une erreur compréhensible, mais limitante. Le jardinage s’intéresse avant tout aux plantes et à leur entretien. La permaculture, elle, s’intéresse d’abord au lieu dans son ensemble et à la manière dont l’être humain peut y trouver sa place sans rompre les équilibres du vivant.

Une clarification nécessaire

Il est compréhensible que la permaculture soit souvent confondue avec le jardinage. Les deux parlent de plantes, de sol, de saisons, de vie. Pourtant, les assimiler revient à confondre un geste avec une vision, une technique avec une philosophie, une pratique ponctuelle avec une manière globale d’habiter le monde. Dire que la permaculture n’est pas du jardinage n’est pas une critique du jardinage. C’est au contraire une invitation à élargir le regard, à prendre un peu de hauteur, et à redonner à la permaculture sa profondeur réelle.

Le jardinage, même lorsqu’il est respectueux du vivant, reste une activité centrée sur la culture des plantes. Il s’agit de produire, d’entretenir, d’améliorer une parcelle, souvent avec beaucoup de soin et de bon sens. Jardiner, c’est agir directement sur le visible : le sol que l’on prépare, les graines que l’on sème, les plantes que l’on accompagne jusqu’à la récolte. C’est une pratique noble, ancienne, essentielle. Mais elle agit principalement à l’échelle du jardin.

La permaculture, elle, commence par l’observation. Observer un lieu, un climat, une pente, une circulation d’eau, une exposition au soleil, les habitudes humaines, les contraintes économiques, les ressources locales. La permaculture ne demande pas d’abord “quoi planter”, mais “comment ce lieu fonctionne-t-il déjà, et comment l’humain peut-il s’y inscrire sans le déséquilibrer”. Cette différence change tout.

Lorsque Bill Mollison et David Holgrem ont posé les bases de la permaculture, il ne parlait pas d’une nouvelle technique agricole. Il parlait d’une méthode de conception inspirée des écosystèmes naturels, capable de répondre à des besoins humains fondamentaux tout en régénérant le vivant. La permaculture n’est donc pas une fin en soi, ni un style de jardin. C’est un cadre de pensée qui permet de concevoir des systèmes durables, qu’ils soient agricoles, sociaux ou territoriaux.

Dans cette perspective, le potager n’est qu’un élément parmi d’autres. Il peut être important, central parfois, mais il n’est jamais isolé. Il dialogue avec les arbres, avec l’eau, avec les animaux, avec l’habitat, avec les chemins, avec les humains qui y travaillent et y vivent. En permaculture, chaque élément est pensé pour remplir plusieurs fonctions, et chaque fonction est soutenue par plusieurs éléments. Le jardinage agit sur une parcelle ; la permaculture relie l’ensemble.

C’est pour cette raison que réduire la permaculture à des techniques comme le paillage, les buttes ou les associations de cultures est une erreur fréquente. Ces pratiques peuvent être utiles, parfois très pertinentes, mais elles ne deviennent permaculturelles que lorsqu’elles s’inscrivent dans une vision cohérente d’ensemble. La permaculture ne cherche pas à appliquer des recettes universelles. Elle cherche à comprendre un contexte singulier et à y répondre avec justesse.

Cette approche s’inscrit dans une sagesse ancienne, que l’on retrouve notamment chez Masanobu Fukuoka, pour qui le rôle de l’humain n’était pas de forcer la nature, mais de coopérer avec elle. La permaculture invite à ralentir, à écouter, à intervenir moins mais mieux. Elle ne promet pas le contrôle, elle propose l’équilibre. Elle ne cherche pas la domination du vivant, mais une relation juste, durable, humble.

C’est aussi pour cela que la permaculture dépasse largement le cadre agricole. Elle concerne la manière dont nous construisons nos habitats, organisons nos fermes, gérons l’eau, l’énergie, les déchets, l’économie locale, la transmission des savoirs. Elle pose une question simple et profonde : comment répondre à nos besoins sans détruire les conditions mêmes de la vie ?

Dire que la permaculture n’est pas du jardinage, c’est donc reconnaître sa portée réelle. Jardiner est un acte. La permaculture est une intention. Jardiner peut nourrir un foyer. La permaculture cherche à nourrir un territoire. Les deux sont complémentaires, mais ils ne se confondent pas.

Dans un monde marqué par les crises écologiques, sociales et humaines, la permaculture propose plus qu’une méthode agricole. Elle offre une boussole. Une manière de penser et d’agir avec lucidité, patience et bienveillance. Elle nous rappelle que la véritable abondance ne naît pas de la domination, mais de la coopération avec le vivant.

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